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21 janvier 2009

Le Louvre Abou Dabi: Un échange de cultures entraîné par l’argent

par Lea


Une pyramide en verre, un bâtiment prestigieux et chargé d’histoire au coeur de Paris, la Joconde photographiée par des centaines de Japonais par jour… Voilà ce à quoi on pense quand on parle du Louvre.

Seulement, depuis peu, ce nom mythique a acquis une nouvelle signification, ainsi qu’une nouvelle patrie: sous l’appelation "Louvre Abou Dabi" doit s’ouvrir une "succursale" de cette institution sur une île des Émirats Arabes Unis.

Cela fait partie d’un projet ambitieux lancé par le gouvernement des Émirats Arabes Unis dans le courant de l’année 2005. Il y est question de transplanter plusieurs grands musées sur l’île artificielle de Saadiyat, ou "île du bonheur", afin de créer une métropole culturelle d’importance mondiale au sein du Proche-Orient.

En ce qui concerne le Louvre, un accord a été signé le 6 mars 2007 entre le gouvernement de la République Française et celui des Émirats Arabes Unis. La France, ou plus précisément l’Agence internationale des musées de France[1], offre à Abou Dabi une aide globale: premièrement, elle s’occupe de la conception et de la réalisation du batîment, comme il doit correspondre aux standards des grands musées internationaux ce qui concerne la conservation, la présentation des œuvres et l’accueil du public. Les experts de l’Agence accompagnent deuxièmement la formation de la collection[2] du musée, et comme la collection sera assez incomplète au début, les musées nationaux de la France, donc membres de l’Agence, prêteront troisièmement des œuvres au nouveau musée en rotation pendant 10 ans. La quatrième tâche consiste en la programmation d’expositions temporaires. Enfin, l’Agence doit s’occuper de la formation de l’équipe de direction et du personnel du Louvre Abou Dabi.

En contrepartie, l’Agence recevra des grandes sommes des Émirats, au total 700 millions d’euros, dont 400 millions d’euros seront payées pour l’usage du nom du Louvre comme "marque" pendant 30 ans. Il est important de noter qu’il est peu conventionel de payer pour des prêts d’œuvres entres des musées et entre des pays. Les Émirats Arabes Unis ne rémunéront pas seulement pour les engagements de l’Agence, ils soutiennent en plus le musée du Louvre et les autres musées nationaux en France par un mécénat. Les mécènes en seront récompensés par la dénomination de certaines salles dans le Palais du Louvre d’après un cheik d’Abou Dabi.

Le lancement de ce projet exceptionel fait l'objet de débats controversés depuis 2006 et a suscité des réactions polémiques en France. Des nombreuses critiques ont signé une pétition[3] qui se base sur un article dans "Le Monde" par Françoise Cachin, Jean Clair et Roland Recht, les trois historiens de l’art et des experts ce qui concerne le monde muséal. Ils s’opposent à la « commercialisation […] du patrimoine public » [4] et ils craignent que le Louvre Abou Dabi ne soit que le début d’un développement dangereux dont la fin sera marquée par l’ inaccessibilité aux objets du patrimoine pour le large public, comme le musée à Abou Dhabi sera réservé aux riches. Les auteurs de l’artcile soutiennent les prêts gratuits tandis qu’ils critiquent ceux qui font partie d’une transaction, et ils s’inquiètent des risques de menaces sur l'intégrité des œuvres: « Que l’on puisse rêver d’un monde où circuleraient librement les hommes et les biens de consommation est légitime. Mais les objets du patrimoine ne sont pas des biens de consommation, et préserver leur avenir, c’est garantir, pour demain, leur valeur universelle. »4

Des autres critiques ne sont pas d’accord avec le gouvernement qui considère le projet comme un échange de cultures. Ils reprochent aux Émirats Arabes Unis de pratiquer une censure réligieuse ce qui contredit cet échange. Ils supposent donc que des tableaux de la crucifixion ou des nus ne seront pas exposés bien qu’ils fassent parti du patrimoine culturel universel. [5]

Mais les critiques ne sont pas seuls à juger le Louvre Abou Dabi. Comme leurs adversaires, les partisans du projet soulignent l’importance des valeurs françaises et particulièrement de la culture française, mais eux, ils concluent qu’il faut absolument les diffuser dans tout le monde.[6] Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de Culture jusqu’au mai 2007, préférait parler d’un « dialogue des cultures » et de la « création de passerelles entre les civilisations »orientale et occidentale. Christine Albanel, successeuse de Monsieur Donnedieu de Vabres, renforce cette attitude en rappelant que les bénéfices seront utilisés entre autres pour créer dans la proche banlieue parisienne un centre géant qui regrouperait les réserves de plusieurs musées menacées par les crues de la Seine. L’argent des cheiks aiderait donc à préserver les œuvres du Louvre.

 

325px_Saadiyat_Island_Model_Pict_3Transformée en une construction futuriste, une immense coupole sous laquelle se groupent des batîments planants au-dessus de l’eau, la pyramide est en train d’émigrer dans son milieu naturel et devient donc le "Louvre des salbles". Mais ce n’est pas seulement la forme qui est différente de celle du Louvre à Paris, c’est aussi son orientation à un certain public: les touristes et les riches Arabes. Si cela contribue à un vrai dialogue du cultures, on peut en douter.

Le terme de "vente de l’âme" me semble être trop dramatique, il s’agit plutôt, à mon avis, d’un projet qui ne sert qu’au gain de prestige de quelques individus, mais qui a un bon effet secondaire: il rend possible aux musées de la France de protéger leurs œuvres. Comme ça, tout le monde interessé à l’art en profite. Ceux interessés à l’éthique, par contre, auront du mal à accepter la naissance de ce musée exceptionel. 

 


 

[1] La création de cette agence fait parti de l’accord.

 

[2] Vincent Pomarède, directeur du département des peintures du Louvre, sur le contenu des expositions: « L'accord prévoit de présenter des objets majeurs dans les domaines de l'archéologie, des beaux-arts et des arts décoratifs répondant aux critères de qualité du Louvre et des grands musées français.“

 

[3] Selon Jack Ralite, sénateur, cette pétition a été signé par 5500 personnes jusqu’au 25 Septembre 2007.

 

[4] "Les musées ne sont pas à vendre“

 

[5] Jusqu’à aujourd’hui, où le musée n’existe pas encore, on ne sait que d’une censure du site de la Réunion des Musées Nationaux (RMN) dans les Émirats Arabes Unis.

 

[6] Comme le dit Jack Lang, ancien ministre de la Culture: « Ne jouons pas les vierges effarouchées. A partir du moment où les musées gardent la maîtrise scientifique et morale de leur expertise et de leurs œuvres, tout va bien. Dans la guerre culturelle mondiale, il est heureux que les Français se battent pour que notre conception de la culture soit présente ».

 

 

 

Posté par le pain à 21:31 - Louvre Abou Dhabi - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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